On ne sait jamais comment une histoire commence. Je veux dire que lorsqu'une histoire commence et que cette histoire vous arrive à vous, vous ne savez pas, au moment où elle commence, qu'elle commence. Je veux dire...Je veux dire que vous n'êtes pas là, à marcher tranquillement dans la rue et tout à coup, vous vous dîtes: tiens, voilà, une histoire qui commence. Je veux dire, on ne le sait pas... puis, lorsque finalement on réalise qu'on est embarqué dans une histoire, on ne sait pas comment tout ça va se terminer. Personne ne peut savoir. C'est seulement à la fin. Lorsque tout est consommé, qu'on ouvre les yeux et qu'on se dit : l'histoire est terminée. Elle est terminée et parce qu'elle est terminée, vous vous mettez à entendre le silence, le grand silence qui a failli vous noyer. C'est comme ça. Alors, pour conjurer le silence, on tente de trouver les mots. Pour raconter. Même si c'est n'importe quoi, mais un mot qu'on trouve au fond de soi, c'est comme une oasis au milieu du désert. On se précipite dessus et on le boit. On boit le mot...

Moi, le premier mot que j'ai trouvé pour pouvoir raconter ce qui s'est passé, c'est le mot "avant". Je dis "avant", mais cela ne fait pas longtemps que je peux dire "avant". Je dis parfois: "avant, j'étais un enfant." Mais quand est-ce que j'ai cessé? .....

 

C'est le début de la pièce "Un obus dans le coeur" de Wajdi Mouawad avec Gregory Baquet et même si je connais l'histoire je trouve que ce début peut trouver écho en nous pour tellement de choses. Cette pièce est extraordinaire d'émotions, Gregori Baquet y est exceptionnel.

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