Il le fallait, il fallait qu’elles éclatent en fines gouttelettes, tombant presque une à une, comme au ralenti, il fallait qu’elles me libèrent enfin de ce poids sourd et lourd qui me tenait la poitrine.

Elles coulaient mes larmes, elles brouillaient mon regard rivé sur l’écran de mon ordinateur portable.

Non la connexion internet ne reviendra pas ce soir, ni demain, je passerai 3 jours totalement seule, ce que finalement je suis.

Sans cette connexion je n’existe pas pour tellement de gens, ceux avec qui je parle tous les soirs qui n’ont pas d’autres moyens de me joindre que ce fil tendu, bien sur ceux qui le veulent et qui connaissent mon nom peuvent me trouver sur le bottin et m’appeler, mais non ils se passeront de moi et attendront patiemment mon retour en passant à autre chose.

Bien sûr mes vrais amis sont prévenus, les vrais, les réels.

Cela permet de relativiser les choses me direz vous, oh oui cela permet de me dire combien je suis seule et combien je me leurre, combien je mets de choses dans un écran et qu’une simple panne de ligne téléphonique remet tout en cause.

Peu importe l’ordinateur est en panne tu peux téléphoner (heu encore faudrait il avoir les numéros de téléphone) alors écrire une lettre pour expliquer ton absence (heu et l’envoyer à quel adresse ?), chercher dans le bottin ou appeler les renseignements (je n’ai même pas de vrai nom)

Non, juste laisser les gouttelettes rebondir sur les touches noires, regarder mes doigts s’agiter pour éviter de sombrer, tenter de faire le point, de trouver le côté positif de la chose, prendre du recul, dire que cela va m’aider à y voir clair dans mon cœur.

Et bien ça c’est totalement inutile, j’y voyais déjà très bien inutile de mettre une loupe.

Et puis il y a ceux à qui je n’ai pas demandé le numéro parce que je pensais les retrouver sur le net et que je n’y ai même pas pensé. Un qui va s’inquiéter, l’autre qui va croire que je me suis moquée de lui, le troisième qui va filer voir ailleurs parce qu’il est surbooké.

panne